Vous êtes ici

Destins de poilus
Destins de poilus
Témoignages de guerre

Ils étaient paysans, ouvriers, instituteurs ou curés. Ils sont partis au front, loin de leurs villages. Certains ont raconté leur vécu de la guerre à travers des lettres ; d’autres, tombés au champ d’honneur, n’ont pas au cette chance. Voici le récit de certaines destinées, 100 ans après la guerre.

Marc Valette
amateur de photographie

Marc Valette est né le 20 mai 1892. Il habite avec ses parents à Tour-de-Faure, petit village lotois rattaché à la commune de Saint-Cirq-Lapopie. Ses parents, Edouard et Eugénie Valette, sont agriculteurs. Enfant unique (sa sœur ainé Marie décède à l’âge de 11 ans, trois ans avant sa naissance), il reçoit une grande affection de la part de sa mère. Il est élevé dans un milieu modeste mais stable, et reçoit une éducation religieuse.

En 1912, il décide de s’engager pendant cinq ans dans l’armée.  Il est d’abord incorporé à Toulouse où il rencontre sa future femme, Elisabeth Tosques, puis à Agen jusqu’à sa mobilisation vers le 6-7 août 1914. Durant toute la guerre, il occupe différents postes dans l’artillerie. Sa correspondance est abondante, plus de 500 lettres seront échangées entre lui et sa famille.

Plus de 300 photos

Marc Valette est également un amateur de photographie, comme l’explique son petit-fils Bernard Valette. Nous ne savons pas exactement comment il développait ses photos. Ce qui est certain, c’est qu’il se servait du matériel de ses supérieurs pour réaliser ses photos et en échange il développait les leurs. Le fond photographique de Valette est assez conséquent. Il contient environ 300 photos, prises par lui et par d’autres. Les sujets sont variés: vie quotidienne, tranchées, portraits…

Marc Valette est démobilisé en août 1919; il est alors âgé de 27 ans. Il ne reprend pas l’exploitation de ses parents et devient contrôleur itinérant. Il obtient un poste fixe à la gare d’Orléans et devient contrôleur en chef. Ce poste lui permet de jouer un rôle important dans la résistance, lors de la Seconde Guerre mondiale. Arrêté plusieurs fois par les Allemands, il est envoyé au camp de Mauthausen où il mourra le 19 avril 1945.

 

Raphaël Marty :
sauvé par la veste d’un officier

Né à Montcléra en 1885, Raphaël Marty était cultivateur. Dès l’ordre de mobilisation en août 1914, il  a été incorporé au sein du 283ème régiment d’infanterie (registre matricule).

Ce régiment, formé de soldats du sud-ouest, rejoint le front dans la région de Verdun. « Il recevait comme première mission d'arrêter sur le plateau d'Éton une attaque ennemie », relate l’historique du régiment.

Un combat acharné se déroule le 24 août, pour défendre notamment la gare de Donmarie- Baroncourt. Le 283ème RI est décimé : 850 hommes de troupes sont morts au combat ce jour-là; ils étaient 2 108 au départ (lire le Journal des marches et opérations du régiment).

Selon le témoignage de René, son fils, Raphaël Marty est sauvé en ce jour du 24 août, grâce à la veste d’un officiel mort près de lui. Raphaël Marty porte cette veste quand les soldats allemands le trouvent, ce qui lui évite de se faire tuer. Il est fait prisonnier et passe quatre ans et demi dans une ferme en Bavière ; là-bas, il devient « Raphallo ».

Cette histoire a une suite inattendue, survenue bien plus tard, lors de la seconde guerre mondiale. Raphaël Marty échappe à la milice grâce à un soldat bavarois qui reconnaît en lui « Raphallo ». Cet épisode est raconté dans « Braconniers d’eau douce », par Michel Marcenac.

Albert Pezet :
le destin de ce charpentier de Figeac monté à Paris

Voici Albert Pezet qui pose fièrement dans son uniforme (1). « Charpentier menuisier de Figeac, il était parti avec mon arrière grand-père pour s'établir à Paris », indique Muriel Noygues qui a fourni ce document. « Or la première guerre mondiale empêchera leurs projets d'aboutir ».

Albert-Pezet-02.jpg

Né à Figeac en 1885, Albert Pezet a été mobilisé le 4 août 1914 au sein de la réserve du 7ème régiment d’infanterie partie de Cahors. Moins de cinq mois plus tard, ce simple soldat a été « tué à l’ennemi » lors de la première bataille de Champagne (décembre 1914/mars 1915). Le décès d’Albert Pezet est déclaré le 27 décembre 1914 aux Hurlus. Ce village n’existe plus aujourd’hui, comme six autres villages au nord de Châlons-en-Champagne. Ils ont été entièrement détruits lors de la guerre et n’ont jamais été reconstruits.

Le nom d’Albert Pezet est gravé sur le monument aux morts de Figeac 

  1. le photographe cadurcien A. Lahontâa est aussi l’auteur du monument aux morts photographique de Francoulès présenté en tête de cette page. Plus d’infos
Louis Lamothe :
la guerre racontée sans fard par un paysan de Loubressac

«  De la ferme du Causse… aux tranchées de la Grande Guerre, itinéraires d’un couple de paysan lotois : Dalis et Louis Lamothe », objet d’un mémoire de maîtrise réalisé par Edith Montil, arrière-petite-fille du couple Lamothe, est un témoignage d’une grande sincérité.

photo2.jpg

Louis Lamothe est né le 10 février 1887 à Mayrinhac-Lentour (Lot) dans une famille d’agriculteurs. Titulaire du certificat d’études. Catholique pratiquant par habitude, il épouse une femme pieuse, Dalis, le 21 novembre 1911. Le couple exploite avec les parents de Louis la ferme familiale de 25 ha au hameau de Sarrouil, commune de Loubressac, dans la partie Nord du département du Lot. Un enfant, né en 1912, mort en 1920. Deux autres enfants après la guerre.

Mobilisé le 2 août au 339e RI. A Gap, du 9 au 19 août ; en Lorraine, d’août 1914 à septembre 1915 ; en Champagne d’octobre 1915 à avril 1916 ; secteur de Verdun d’avril à août 1916 ; en Lorraine, de septembre 1916 à octobre 1917 ; en Italie, d’octobre 1917 à avril 1918 ; puis dans la Somme.

Louis Lamothe est décédé en 1962, à l’âge de 75 ans.

Un témoignage très complet

Le corpus comprend 159 lettres de Louis à Dalis, 11 lettres de Dalis à Louis, et un petit carnet de 82 pages intitulé « Mes mémoires sur la guerre de 1914-1919 », écrit visiblement d’après des notes quotidiennes souvent reproduites telles quelles, mais qui s’arrête brusquement au 1er juillet 1915. Une arrière-petite-fille du couple, Edith Montil, a retrouvé les documents et les a utilisés pour un mémoire de maîtrise soutenu à l’université de Toulouse Le Mirail en septembre 2003 : De la ferme du Causse aux tranchées de la Grande Guerre : itinéraires d’un couple de paysans quercynois, Dalis et Louis Lamothe.

Un deuxième tome de 110 pages contient la retranscription intégrale des lettres et du carnet.

Les lettres de Maurice Legrand :
sorties de l’oubli, elles servent au devoir de mémoire

Maurice Legrand a été soldat de 1914 à 1919. Son arrière petit-fils Romain Boguet, professeur d’histoire-géographie au collège de Bretenoux, a retrouvé les lettres que ce poilu adressait régulièrement à sa famille, malgré les conditions de vie difficiles dans les tranchées. Utilisées en classe par Romain Boguet, ces 500 lettres émouvantes livrent aux élèves un témoignage concret sur la guerre.

Général Pierre Amédée Bataille,
le plus connu des 17 poilus de Floressas

Le plus gradé et le plus connu des 17 poilus originaires de Floressas et morts pour la France, le général Amédée Bataille a été tué quelques jours seulement après la déclaration de la guerre.
Pierre Amédée Bataille est né le 26 novembre 1862 à Chambert à Floressas, son père était maire de la commune. Il vécut au château de Chambert. En 1880, il entre à Saint-Cyr, puis est nommé dans l'infanterie de marine ; il fait toute sa carrière en Indochine. Pierre Amédée Bataille est nommé général de brigade en 1909.
Durant la guerre de 1914, il est mobilisé au 7e corps d'armée et conduit ses troupes dans les Vosges. Sa brigade est engagée dans la bataille d'Alsace et combat vers Mulhouse, puis vers Gerardmer.
Le 3 septembre 1914, il prend le commandement de la 41e division d'infanterie des chasseurs alpins. Quatre jours après, le 8 septembre 1914, il est tué au col du Bonhomme par un éclat d'obus. Il avait 52 ans. Après avoir été inhumé au cimetière de Remiremont, son corps a été restitué à sa famille en 1921 et repose au cimetière de Floressas.
Le site www.floressas.com est très documenté sur le sujet et rend hommage également aux seize autres poilus du village morts pour la France.

014.JPG

Cérémonie, le 11 novembre 2014 au cimetière de Floressas, en hommage au général Bataille (Photo Mme Andrieux)

Plus d'infos sur l'exposition de Floressas

Marius Galy :
six ans et demi passés dans l’armée

Marius Galy (1890-1961) originaire de Béduer a effectué son service militaire en Algérie, puis au Maroc.

A son retour, il se marie avec Irma, le 27 avril 1914.
Mais très vite, l’armée le rappelle. Marius Galy part se battre sur le front Belge ou il est blessé le 22 août 1914. Il ramènera une balle dans le corps, prise dans l'épaule et descendue au fil du temps dans son ventre.
Il continue la guerre et est fait prisonnier le 7 mai 1916, en Allemagne. Il est libéré, courant janvier 1919, de la ferme ou il travaillait. Il arrive à Dunkerque puis reste encore plusieurs mois dans la Compagnie de garde du 17ème régiment d'artillerie, pour ne revenir que début septembre 1920 dans sa famille.

Son petit-fils Hubert Galy a retracé son parcours. A lire ici

Image1.jpg
    Marius Galy, prisonnier à Cracovie, Pologne, âgé de 26 ans (1er à gauche)